Benjamin Dupé compositeur & metteur en scène

La presse sur “Du chœur à l’ouvrage”

La Provence • 15 mars 2018

 


Anaclase • mars 2018

Du chœur à l’ouvrage est un opéra pour voix d’enfants composé par Benjamin Dupé, qui en a également signé la mise en scène. Créé au Théâtre de Caen en mai 2017, puis repris en novembre à Montreuil, ce spectacle d’environ une heure et vingt minutes n’est pas uniquement à destination du jeune public, les spectateurs plus avertis peuvent goûter à l’intérêt des thèmes exposés et à la qualité professionnelle de la représentation. L’intrigue est originale : une chorale d’une quarantaine d’enfants, qui devait donner son concert de Noël, s’échoue sur une île déserte, dans un fracas de cris à gorge déployée. Les professeurs s’étant noyés, la question « que faire ? » se pose, en tout cas pour Noël, c’est « annulé cette année ! ». La réponse vient vite : « chanter ! » et la soliste Romy qui prend le pouvoir, qui tourne soudainement à la dictature lorsqu’elle impose à tous de saluer « plus bas, plus bas » son frère Jim, incarnant le nouveau divo. Mais la rébellion gronde (« zut, flûte, misère et crotte ») et aboutit à une entreprise de démolition : le chanteur vedette en perd sa voix (« j’ai du grain plein la voix, de la crasse dégueulasse »), puis bute sur les aigus d’un Stille Nacht chanté a cappella. Ses deux yeux sont alors le prix à payer pour retrouver son organe. Jim est donc transformé en aveugle à lunettes noires, tandis que les enfants entassent leurs vêtements en un grand tas. Le final est plus joyeux : Jim jette ses lunettes et gambade, les enfants sautent de joie et le bruit d’un hélicoptère salvateur se rapproche.

Les premiers triomphateurs de la soirée sont les jeunes choristes de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône, collégiens pour la plupart, plein d’énergie dans leurs déplacements et de concentration lorsqu’il faut chanter. Ils sont très attentifs aux départs et aux nuances indiqués par le chef en fosse, Pascal Denoyer, à la tête de l’ensemble L’Instant Donné qui rassemble dix musiciens. La partition est variée, surprend souvent et remplit parfaitement l’espace sonore, même avec ce nombre réduit d’instruments, tout en collant au plus près aux situations dramatiques. Lors de la séquence de rébellion, la musique part en folie, les archets frappent, la pianiste gratte ses cordes et les percussions s’en donnent à cœur joie. Les changements de rythme maintiennent aussi l’intérêt, comme ce passage saccadé en fin d’ouvrage, pour une séance de gymnastique.

On peut tout de même émettre deux réserves, qui portent d’abord sur l’équilibre sonore entre scène et orchestre, dans ce spectacle amplifié : de nombreux bruitages émis par les enfants sont quasiment inaudibles, couverts par le son des musiciens. L’autre problème n’est pas facilement solvable par un réglage, puisqu’il concerne le livret écrit par Marie Desplechin. Pour le coup, nous ne tombons pas vraiment sous le charme du texte de ce grand nom de la littérature, amusant souvent mais parfois fort prosaïque, et surtout en décalage répété avec la musique. Une fois encore, n’est pas librettiste qui veut ! Ce spectacle reste cependant tout à fait recommandable aux petits et grands. Il est programmé en juin, en prélude à la nouvelle édition du Festival d’Aix-en-Provence, et sera diffusé sur France Musique le 1er avril à 20h00. IF


Zibeline • mars 2018

L’opéra de Benjamin Dupé, Du choeur à l’ouvrage, a tout de la réussite exemplaire. Au sens premier du terme : il peut servir d’exemple. Exemple d’une musique contemporaine très écrite, mais dans un esprit de partage : les effets percussifs, les phrasés étranges, les moments lyriques et émouvants sont donnés en spectacle, lisibles, sans nécessité d’un apprentissage d’écoute préalable. Exemple également du travail que l’on peut faire avec des adolescents artistes, exigeant et musical, attentif pourtant à leurs individualités et à leur histoire. Ce Choeur à l’ouvrage, projet participatif et contemporain créé à Montreuil et tourné avec d’autres choeurs, se partage avec le public comme une véritable œuvre artistique, pleine de l’émotion complexe qu’elle procure, bien au-delà de la tendresse naturelle que l’on éprouve face à l’implication d’enfants artistes.

A La Criée les parents étaient là, mais ce n’était pas eux qui applaudissaient le plus intensément la Maîtrise des Bouches du Rhône, la réussite musicale, le plaisir du moment passé : les professionnels et le public étaient épatés. Il faut dire que le livret de Marie Despleschin, qui met en scène le naufrage d’une chorale d’adolescents, permet de construire une fable à la Robinson sur le pouvoir et ses abus, la liberté et la contrainte, mais surtout sur la beauté, la transformation de l’individu, l’apprentissage de la liberté, du renoncement et du plaisir. Il permet aussi, très concrètement, de construire un véritable opéra, avec parties chorales, grands airs et récitatifs, et de faire entendre la mer, le fracas, la révolte, les rires, les peurs, grâce à la scénographie maline d’Olivier Thomas qui ménage des passages secrets et des hors champs. L’ensemble Instant Donné, dans la fosse, accompagne avec attention et subtilité des enfants qui sont aussi de très bons solistes : la pimbêche qui conduit les troupes, l’amoureux de sa voix, le révolté qui la découpe en projectiles sonores…

Du choeur à l’ouvrage sera repris au Théâtre Durance (Château-Arnoux-Saint-Auban) le 30 mars, et la version enregistrée à Montreuil passera sur France Musique le 1er avril. AGNES FRESCHEL


Destimed • 15 mars 2018

Faut-il crever les yeux du pinson afin qu’il retrouve la luminosité de son chant, tout comme la sirène à sacrifié ses jambes pour trouver l’amour ? La question hante l’esprit des membres de cette Maîtrise naufragés sur cette île qu’ils qualifient d’horticole. Aucun adulte avec eux : le maître est noyé et se trouve avec le plancton, la directrice, elle aussi noyée, est bouffée par les poissons… Alors cette micro-société, dans son innocence, va bâtir une communauté avec ses leaders, ses rebelles, ses codes et son insouciance. C’est à cette communauté que la librettiste Marie Desplechin et le compositeur Benjamin Dupé vont insuffler la vie en mots et en notes créant ainsi l’opéra pour voix d’enfants « Du chœur à l’ouvrage ». A l’instar du pinson, faut-il brûler les yeux du jeune prodige de la manécanterie qui, en cette nuit de Noël va perdre sa voix ? Il était comme un phare pour la petite société. D’un coup, d’un seul, il s’est éteint détruisant dans son naufrage vocal pas mal d’espoirs, de codes et de repères. Finalement ce sont les rebelles, ceux qui voulaient danser, ceux qui chantaient seulement pour faire plaisir aux parents, qui lui permettront de conserver intacte sa vue, chacun abandonnant ensuite sur cette île une part de son enfance avant de grimper dans un improbable hélicoptère salvateur.

Marie Desplechin s’est immergée dans la vie d’une Maîtrise, celle du Théâtre de Caen, avant d’écrire ce livret ; nul ne peut l’ignorer tant ce texte est proche de l’enfance, d’un quotidien de choriste, mais aussi empli de gravité et de profondeur. Et le final, un tantinet cruel, est une réalité qu’il ne faut pas ignorer, l’artiste enfant perdant souvent son potentiel vocal en grandissant. Mais la vie continue, tout comme le spectacle.

Pour son premier opéra, Benjamin Dupé, livre une partition à la hauteur de l’enjeu et des voix qui lui sont proposées. L’écriture est dynamique, la construction solide et le jeu avec les sons, permanent. Une musique à laquelle adhérent les jeunes choristes même si ceux qui affrontent les airs en solistes sont confrontés à une réelle difficulté, le compositeur n’ayant pas hésité à place la barre assez haut. C’était nécessaire pour donner sa dimension à cet opéra qui n’est pas destiné qu’aux enfants, loin s’en faut. Dans la fosse, les musiciens de « L’Instant donné » communient en permanence avec le plateau et contribuent grandement à la cohésion de l’ensemble avec une mention particulière, ses camarades ne nous en voudront pas, à Maxime Echardour, maître des percussions et dont on peut penser qu’il aimerait bien, lui aussi, faire partie de cette chorale naufragée… Efficace et dynamique, la mise en scène de Benjamin Dupé aurait certainement mérité quelques jours de plus de travail in situ, surtout pour les mouvements de masse entre cour et jardin mais, l’homme de l’art a bénéficié d’une adhésion totale de chacun des membres de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône qui se sont totalement investis dans leurs rôles. On connaissait les talents vocaux de ces enfants, petits et grands, qui participent régulièrement à des productions opératiques et à des concerts un peu partout en France, mais on leur proposait ici de devenir les acteurs complets d’une production. Ce qu’ils ont accepté au prix, parfois, d’un travail intense, mais le résultat est là. Émotion, frissons, angoisse, joie : tout y est avec ce petit plus d’insouciance qui fluidifie les choses au lieu de les figer. Les chœurs sont superbes, très denses, et les airs, dont nous parlons plus haut, donnés avec assurance et qualité. Que l’on ne vienne pas nous dire, après ça, que la Maîtrise des Bouches-du-Rhône est menacée ! S’il y a bien une structure éducative et musicale qu’il faut conserver c’est celle-là ; elle est un modèle de cohésion sociale et d’ouverture aux autres dans la pratique artistique et l’éducation au quotidien. A l’heure d’attribuer des subventions, les édiles et les autres feraient bien d’y penser…

Michel EGEA


Libération • 21 novembre 2017


Resmusica • 24 novembre 2017

Dans le cadre de son festival Mesure pour Mesure, le Nouveau Théâtre de Montreuil met à l’affiche l’opéra de Benjamin Dupé Du chœur à l’ouvrage créé en mai dernier au Théâtre de Caen qui en est le commanditaire.

 Un ouvrage fort bien nommé, qui met en scène les enfants du site de Bondy de la Maîtrise de Radio France que l’on voit à l’œuvre, tant dans leur formation de musicien que dans leur rapport au monde. Ils sont trente-cinq sur le plateau, en phase avec les dix musiciens de la fosse, ceux de L’Instant Donné : tous dirigés par Morgan Jourdain, chef titulaire de la Maîtrise. Il a d’ailleurs mis son chapeau de pluie pour éviter les embruns car tout commence par un naufrage, celui du bateau conduisant le jeune chœur à son concert de Noël. C’est l’idée (un rien sensible de nos jours) de Marie Desplechin qui écrit le livret de l’opéra : livrés à eux-mêmes car les chefs se sont noyés, les enfants prennent la parole et donnent de la voix, face à l’autorité, à l’exigence à laquelle ils sont soumis, à leur vie de maitrisiens et aux passages douloureux (la mue du jeune sopraniste) : autant de problématiques, certes toujours d’actualité, mais traitées de façon très abrupte, sans grande finesse ni imagination, donnant lieu à divers tableaux dont l’enchaînement s’avère parfois difficile. Dommage, car les enfants sur la scène ne déçoivent pas, bien conduits par le compositeur qui assure aussi la mise en scène. Mis à part quelques accessoires et la cahute en bois sur pilotis – celle d’Olivier Thomas qui servira le rituel final – le plateau pratiquement vide autorise la fluidité des mouvements scéniques.

Côté voix, le chant choral est pratiquement absent de la partition, Dupé s’attachant davantage aux individualités. Et c’est en solo, ou en petit ensemble, qu’interviennent le plus souvent les voix – le pinson est truculent – joliment incarnées par nos jeunes pousses. L’écriture y est stylisée, joueuse, évoquant plus d’une fois la manière de Ravel dans L’enfant et les sortilèges… l’art de la prosodie en moins, car on ne comprend pas toujours ce qui se dit, que les voix soient parlées ou chantées d’ailleurs. Il est vrai que l’on peut lire le texte qui s’affiche en fond de scène. 

Ce que réussit beaucoup mieux Benjamin Dupé est cette interaction vivante et agissante entre les musiciens et les enfants. L’écriture instrumentale est pensée par gestes sonores, en alternance avec les voix qui peuvent évoluer librement. L’attention aux couleurs évocatrices (les galets entrechoqués par les jeunes chanteurs), le rôle de la percussion et du piano (merveilleux Maxime Echardour et Caroline Cren coiffés de casques à plumes) créent un environnement sonore à la fois économe et sensible qui colle à la dramaturgie. Les moments non dirigés cristallisent de beaux instants poétiques. La « musique d’étirement » durant la séance d’échauffement du chœur est en soi plus subtile que ce qui se passe sur scène, tout comme ce très beau solo de violoncelle de Nicolas Carpentier qui nous fait accéder au rêve.

Du cœur à l’ouvrage, les musiciens de L’Instant donné et Morgan Jourdain en ont assurément, pour soutenir les voix, galvaniser les énergies et raviver les couleurs d’un scénario qui nous a paru bien pâle et peu innovant. MICHÈLE TOSI


Ouest-France • 15 mai 2017

 

 

 

 

 

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